LA CONTROVERSE SUR LES SECTES EN FRANCE

Régis DERICQUEBOURG


Dans le temps qui m'est accordé, je vais simplement exposer quelques aspects saillants de la controverse sur les sectes en France.

1/ La méfiance envers les groupes religieux minoritaires a toujours existé en France. Elle s'est manifestée par une intolérance simplement intellectuelle ou par des voies de fait. Le pacte laïque de 1905, l'article de la Constitution de 1958 concernant la liberté religieuse, la déclaration française des Droits de l'Homme et les conventions internationales que la France a signées garantissent en droit la liberté religieuse et permettent le pluralisme religieux. Or les mentalités n'ont pas suivi les textes. J'ai montré ailleurs à quoi tenaient ces résistances. Elles sont à rechercher dans le reliquat de l'hégémonie catholique et dans l'idéologie rationaliste qui traverse la gauche française.

2/ En 20 ans, nous avons assisté à une montée en puissance des groupes anti-sectes. Ceux-ci ont su tirer profit de l'interprétation qu'on a faite des affaires de Guyana, de Waco et récemment de l'affaire de l'Ordre du Temple Solaire et de la Vérité d'Aum.

3/ Les opposants aux sectes se regroupent dans 2 associations principales : l'ADFI et le CCMM.
Il existe des associations secondaires comme " secticide " ou la Coordination des victimes des Témoins de Jéhovah.

4/ Les associations anti-sectes correspondent à ce qui S Moscovici appelle des minorités actives. Elles martèlent les mêmes arguments : ce fut la captation des adeptes, le lavage de cerveau, la paranoïa du gourou, l'extrème droitisme des sectes, la fragilité psychique des adeptes, l'antisémitisme. Actuellement, ils mettent en avant le thème des enfants-martyrs et la manipulation mentale. Il ne manque que le trafic d'organes.

Leur action consiste à créer dans l'opinion une panique diffuse à propos des groupes religieux minoritaires, c'est pourquoi elles prennent le risque de soupçonner sur des bases incertaines et à tort des associations comme le Foyer de culture populaire de la Madeleine (Nord), de diffuser des idées scientologues, d'accuser Herbalife de masquer une secte (un armistice a été conclu avec cette société), de soupçonner les professions de santé d'attirer les clients vers les sectes ou d'accuser une association thérapeutique d'être une secte. Sur la pression d'opposants aux sectes, les journaux gratuits de l'Ouest ne passent plus de publicité pour les sophrologues car ces derniers pourraient masquer des sectes. De même, l'adfi-nord veut lutter contre les voyantes. On le voit l'activité est tentaculaire. La panique créée pousse les gens à s'adresser à ces associations. Celles-ci justifiant dans ses rapports d'activité leur utilité par le nombre d'appels reçus.

Les opposants aux sectes ont fait du lobbying auprès des politiciens, des journalistes, Ils se sont fait des amitiés dans l'administration fiscale, dans la police, dans la franc-maçonnerie, dans la fédération de l'Education Nationale, dans les comités d'action laïque, dans les comités de parents d'élèves, parmi les travailleurs sociaux. Ils ont fait pression auprès des conservateurs de bibliothèques pour qu'ils ne mettent pas en rayon un livre envoyé par l'Eglise de la Scientologie.
Ils trouvent parfois des psychiatres qui fournissent une caution médicale aux thèses de la manipulation mentale ou de la fragilité psychique des adeptes. Ces psychiatre ont une perception sommaire du phénomène. Leurs publications ne s'appuient pas sur des études de cas sérieuses. L'un d'eux est un ancien membre d'un groupe religieux minoritaire.
Les associations anti-sectes sont nées en France dans les années 70, à l'initiative de familles dont les enfants convertis au moonisme et aux Enfants de Dieu "(à présent La Famille) ne donnaient plus de nouvelles. Il s'agissait de membres de la bourgeoisie. Jusqu'à une date récente, les mouvements religieux populaires n'attiraient pas l'attention des associations anti-sectes.
Leurs statuts n'expriment pas une opposition explicite aux sectes. Ils sont axés sur la défense de l'individu. Ils autorisent à condamner les attentats islamistes, l'exorcisme mortel de Roubaix, les gangs, les abus commis par des ecclésiastiques. Ils pourraient condamner le prosélytisme des intégristes musulmans auprès des jeunes gens d'origine maghrébine. Ils pourraient prendre position sur le port du voile islamique à l'école. On constate qu'ils ne le font pas
Les groupes anti-sectes apparaissent comme l'image spéculaire des sectes. Ainsi, ils estiment que la Scientologie fait de la propagande noire (qui dans une acception commune consisterait à faire circuler des rumeurs sur un ennemi) et donc ils en font (lettres aux éditeurs, attribution d'appartenance sectaire aux chercheurs…)
Dans le rapport d'enquête parlementaire inspiré par les opposants aux sectes, il est dit que la secte a un discours antisocial. Or le terme antisocial est emprunté à l'anthropologie hubbardienne. Ils fonctionnent en miroir avec sectes, ce qui a fait dire à quelques observateurs que ce sont des sectes anti-sectes.

5/ Dans les années 1970, la presse française découvrait l'effervescence religieuse. Des journalistes s'interrogeaient sur la cause du phénomène. Il était possible de discuter avec eux. Peu à peu, ils ont repris les arguments des opposants aux sectes sans les soumettre à un examen critique. Leur champ de perception s'est réduit aux anecdotes. On ne peut plus parler des nouveaux ruraux millénaristes sans que le journaliste évoque l'enfant non vacciné de la communauté Horus. Les thèmes de l'argent, du sexe, du sang, de la mort dominent. L'adfi est fière de la presse. Elle proclame que les articles d'enquête parlementaire donne un satisfecit à la presse. Cela ne réussit pas toujours aux journalistes. En reprenant les arguments des opposants aux sectes, ils paient parfois le prix de la diffamation (cf plus bas : la justice).

6/ Les universitaires et les chercheurs sont sommés d'être " pour ou contre ", selon une logique totalitaire. Comme leur point de vue n'est pas polémique, ils sont qualifiés de " relais des sectes ". L'attaque contre les universitaires rappelle celle de 1968 où tous les universitaires étaient sensés être des gauchistes (certains y ont laissé leur carrière).
Les attaques contre les universitaires ont toujours été le fait de groupes politiques ou de régimes très particuliers.
7/ Dans les milieux politiques, les parlementaires ont été saisis de questions à adresser aux gouvernements à propos des sectes. Il semble qu'ils aient eu au départ quelques réticences à le faire. Est-ce par peur d'être qualifiés de suppôt des sectes auprès de leur électorat qu'ils ont fini par poser des questions ?
Les ministres de droite interpellés à la chambre des députés ont répondu en rappelant le principe de la liberté religieuse et la nécessité de maintenir l'ordre public. Avec le rapport Vivien, la gauche a donné suite aux requêtes des opposants aux sectes. Il n'a eu que peu de conséquences au plan légal. Toutefois, il a alimenté le climat de méfiance envers les groupes religieux minoritaires à cause de l'écho qu'il a eu dans les médias. La droite a fini par emboîter le pas de A. Vivien en acceptant une proposition d'enquête parlementaire socialiste. Un ancien recteur fait actuellement et officiellement la chasse aux sessions de relations humaines fournies dans les organismes de formation continue après que l'adfi ait proclamé qu'elles peuvent masquer des sectes. Est visée entre autres : la kinésiologie.

Le ministre de la justice a adressé une circulaire aux tribunaux demandant à ceux-ci d'exercer leur vigilance à propos des sectes. Le député communiste Jean-Pierre Brard propose que l'on mentionne au casier judiciaire l'appartenance à une secte afin d'empêcher les fidèles d'accéder à certains emplois. L'affaire n'est pas neuve puisqu'au 17ème siècle anglais, la loi sur le serment a écarté des groupes du Dissent de l'accès aux emplois administratifs. Nous ignorons si les associations de défense des droits de l'homme ont réagi face à cette proposition d'interdiction professionnelle.
En revanche, M. Léotard a accordé aux Témoins de Jéhovah un service civil à leur convenance sous le gouvernement de Balladur.

Il n'est pas utile d'épiloguer sur le rapport Guyard-Gest, d'autres l'ont analysé. Il est inférieur au rapport Vivien. Il marque le triomphe des opposants aux sectes. Voté à l'unanimité, il témoigne du consensus politique sur le phénomène religieux minoritaire qui n'est pas nouveau : M. E. Hervé (socialiste) et Mme Simone Weil (UDF) s'étaient déjà retrouvés côte à côte pour soutenir l'adfi à l'occasion de son 20ème anniversaire.

8/ Les arguments des opposants aux sectes ont eu un écho chez les spécialistes de l'administration. J'en prendrai pour preuve 2 exemples.
Le 1er est un article de Reille dans la revue " Administration ". L'auteur rappelle le droit sur la liberté religieuse et sur la liberté d'association ; il relève que l'on constate peu de faits graves (l'article est écrit avant l'affaire de l'Ordre du Temple Solaire). Toutefois, sa conclusion affirme la dangerosité des sectes.
Le 2ème est une note de synthèse de concours administratif intitulée : " le phénomène des sectes en France ". On peut lire : " la législation fiscale en particulier a parfois permis d'entraver le développement des sectes, ne serait-ce qu'en rendant leurs activités moins fructueuses sur le plan financier. L'administration, qui a fait procéder à des redressements fiscaux semble s'être engagée dans cette voie ". Il semble donc se dessiner dans l'administration une stratégie anti-secte sur la base de l'acceptation de la notion de dangerosité.

9/ La justice française apparaît comme le garant de la liberté religieuse. Dans de nombreux cas, les groupes religieux minoritaires ont pu faire valoir leurs droits auprès de tribunaux. Nous ne pouvons pas citer toutes les affaires. Les principales concernant la diffamation.

Par exemple, dans un jugement rendu le 7 sept. 1994, le Tribunal De Grande Instance de Paris a condamné Serge Faubert et la société Calmann-Lévy à verser des dommages à l'Eglise de Scientologie et à quelques uns de ses fidèles cités. Le juge a considéré comme diffamatoire les accusations de subversion, de recherches secrètes de renseignements, d'infraction au fisc, d'espionnage dans les hautes sphères de d'Etat et dans le monde des affaires, d'endoctrinement et de manipulation, d'alibi religieux. Le jugement corrobore une décision antérieure frappant le Parisien Libéré (27 avril 1994) qui repose sur des attendus intéressants : " si les risques que peuvent présenter les pratiques de certains organismes communément appelés sectes constituent pour le journaliste un motif légitime d'information, celui-ci ne saurait l'affranchir de l'obligation de procéder à une enquête sérieuse et contradictoire en l'absence de documents fiables et de dispenser d'une prudence dans l'expression qui doit rester conforme à la réalité des faits rapportés dans les documents produits en preuve. ".

Un jugement de même ordre à frappé l'Evénement du Jeudi. Le tribunal pour enfants d'Aix-en-Provence a prononcé la main-levée sur les enfants de La Famille et a conclu que les enfants étaient plutôt bien éduqués et qu'ils n avaient pas subi de violences sexuelles contrairement aux rumeurs. Le tribunal a admis que dans les cas de divorce entre un Témoin de Jéhovah en non-Témoin, l'appartenance religieuse n'entre pas en considération pour l'attribution de la garde d'enfants.
Les Raëliens ont obtenu qu'un passage du livre de Abgrall qui les diffamaient soit supprimé. Toutefois, les juristes réclament des principes. En clôturant un colloque sur les Témoins de Jéhovah et le Droit, Pierre Soler-Couteaux affirmait : " il reste que l'on ne peut demander au seul juge de pallier les carences du Droit. Le renvoi au juge ne doit pas être une manière de se défausser d'autant que s'il assume la mission qu'on veut lui confier sans lui donne un système de référence solide, il ne manquera pas de voix pour crier à l'usurpation. Il semble que l'on ne pourra pas faire sur ces questions l'économie d'une loi remettant à plat tous ces problèmes qui nous ont préoccupé aujourd'hui, par exemple, peut-on établir une distinction entre le groupe religieux et celui qui ne l'est pas, entre l'Eglise et la secte ? "

Toutefois, François Terré propose l'application de la TVA comme " secticide " en concédant qu'il n'est pas nécessaire de légiférer davantage. L'encart qui suit son article est d'ailleurs prudent sur les causes de la mort des membres de l'ordre du temple solaire.

10/ La situation des groupes religieux minoritaires est devenue plus difficile. Les témoins de Jéhovah se heurtent à des oppositions pour implanter des salles de culte. Ils ne trouvent pas de municipalité qui veuille accueillir leur nouveau siège social. Certains fidèles des groupes religieux minoritaires ont perdu leur emploi. L'Eglise Evangélique de Carvin a été incendiée. Des explosifs ont été déposés devant un local mooniste.

11/ La réponse des groupes religieux minoritaires.
Les groupes religieux minoritaires ont réagi aux attaques de diverses manières.

- Certains groupes ont tenté (et tentent encore) de négocier individuellement avec l'adfi un label de non-secte.
- Les mouvements religieux ont demandé à la justice de faire valoir leurs droits et de sanctionner la diffamation. Ceci a produit des décisions juridiques qui ont fait jurisprudence, notamment quand la qualité de religion était niée. Un corps d'avocats spécialisés dans les affaires des groupes religieux minoritaires est apparu
- Les groupes sont devenus plus vigilants à propos des infiltrations et à propos des journalistes. Ils ont exigé des droits de réponse dans la presse
- Ils ont tenté de créer leurs réseaux d'amitiés.
- Ils ont tenté de créer une fédération des religions et des philosophies minoritaires qui est en sommeil faute d'accord. Un front des groupes religieux minoritaires est difficile à organiser en raison des divergences de stratégies. Une association des victimes de l'adfi a été créée.
- Les scientologues très actifs dans la riposte ont fondé un Comité Français des Scientologues Contre les Discriminations Religieuses. Les scientologues ont contesté devant le Conseil d'Etat le subventionnement d'un ouvrage du CCMM sur les sectes. Leur plainte a été rejetée. Des groupes religieux ont demandé en vain la dissolution de l'adfi. Parfois, les groupes religieux ont sollicité en vain l'appui des associations des Droits de l'homme
- Ils ont informé les organismes internationaux (Amnesty International, les Nations Unies) de leurs ennuis. Un organisme extérieur aux sectes (Omnium) tente actuellement de promouvoir une charte de bonne conduite des associations religieuses et autres. Globalement, les réactions des groupes religieux minoritaires se cantonnent au recours à la justice et à la dénonciation d'un harcèlement (livre de Raël, du TPF, Bullvar). Ils n'ont pas entrepris de mouvements de résistance passive (par ex. en troublant les cultes des Eglises établies qui les attaquaient ou les réunions des groupes de pensée qui s'associent au combat anti-sectes). Seul, le GEPM (dont la qualité religieuse n'est pas prouvée) a occupé les locaux parisiens de l'adfi. Les groupes religieux minoritaires n'ont pas prononcé de " fatwa " contre des opposants aux sectes. Ils ne se sont pas placés sur le terrain politique en demandant à leurs adhérents de boycotter les élections (à l'exception des Témoins de Jéhovah qui ne votent pas par principe). Ils n'ont pas exploité les mises en examen pour les détournements de fonds auxquels s'est livrée la classe politique durant ces 10 dernières années.

- Le traitement des sectes fait apparaître un consensus. Le débat intellectuel s'est retiré pour faire place à la condamnation unanime. Le consensus sur les sectes en France est un révélateur. :

a/ elle est le révélateur de l'inculture religieuse qui règne dans notre pays. La plupart des griefs qu'on adresse aux groupes religieux minoritaires sont démentis par les études scientifiques. Placés dans une perspective historique, ils ont été prononcés contre des Eglises Etablies ou des ordres religieux.
b/ Elle est le révélateur du syndrome de la pensée unique et de ce que Jean Baubérot a appelé " un totalitarisme d'extrême centre ". Il traduit l'incapacité à accepter certains non-conformismes et l'assèchement de la pensée utopique. Nous vivons un mai 1968 à l'envers. Qu'une poignée de personnes haineuses soient devenues les maître à penser d'une génération de politiciens, de journalistes, d'administrateurs n'est pas anodin.
C/ Elle est révélatrice du mode de fonctionnement de l'entreprise médiatique. Le plus souvent, l'information journalistique se situe au niveau de la rumeur, Elle colporte des informations fournies par les opposants aux sectes.
Nous l'avons vu à propos de La Famille. La rumeur sur les pratiques pédophiles bien avant la fin de l'enquête qui a démenti l'accusation. Les émissions consacrées au fait religieux minoritaire proposées par des animateurs-producteurs scandaleusement rémunérés sont un jeu de massacre où dominent les thèmes du sexe, du sang, de l'argent, et de la mort comme dans les polars est un fait navrant devenu habituel. C'est un exemple de la société du spectacle. On sait aussi comment fonctionne les médias : les articles sont écrits rapidement. Un interview ne doit pas excéder une phrase. Les journalistes n'ont pas besoin d'être censurés, ils coulent leur pensée dans la pensée dominante pour durer. L'un d'eux (JF Khan) fait remarquer malicieusement que " les journalistes de la télévision lisent la presse du jour pour savoir ce qu'il convient de dire au journal télévisé du soir et que les journalistes de la presse regardent ce dernier pour savoir ce qu'il convient d'écrire dans le journal du lendemain …"
- L'action des mouvements anti-sectes a ouvert la voie à une mobilisation du clan des laïques de combat. J'avais autrefois signalé le caractère anti-religieux de la lutte des opposants aux sectes. L'appel à la manifestation contre la venue du Pape, lancée le 4 juillet 1996 pour le dimanche 22 septembre, est signé par le Grand Orient de France, par le réseau Voltaire, SOS racisme, la ligue communiste révolutionnaire et les écologistes. Parmi eux on trouve des groupes qui se joignent à la lutte contre les sectes. De la même façon, c'est la fédération de l'éducation nationale qui a obtenu du Tribunal administratif, le remboursement d'une subvention de 14 millions de francs versée par le conseil régional du Languedoc Roussillon à Nîmes pour la construction d'un collège catholique. Le renouveau du laïcisme de combat ne semble pas totalement indépendant du combat anti-secte. C'est ce que Max Weber appelait les effets non-recherchés. Les obédiences maçonniques qui soutiennent le mouvement anti-secte risquent dans la continuité d'être attaquées à leur tour par d'autres groupes. Il serait intéressant de connaître le fonctionnement du réseau anti-secte.
- Enfin, d'un point de vue sociologique, le combat de groupes religieux minoritaires est intéressant pour comprendre comment une religion se valide dans le temps présent. Le label religieux est recherché en justice et auprès des chercheurs. La légitimité religieuse passe par la constitution d'un corpus de décisions de justice susceptibles de démontrer qu'ils ont les mêmes droits que les églises établies et d'un corpus d'écrits de chercheurs dans le domaine des religions qui s'intéressent à eux en tant que religion. Cette démarche n'est pas spécifique aux groupes religieux minoritaires : dans les années 1975, une association de vacataires à temps plein de l'université a réussi à prouver par des actions dans les tribunaux administratifs et grâce au témoignage de professeurs que ces personnels étaient des quasi-assistants. Ils ont été ensuite intégrés comme assistants dans l'université. Le processus de quête de reconnaissance avait abouti. Le processus de reconnaissance d'une nouvelle religion n'est pas différent de celui de ce corps profane en quête de reconnaissance. En l'occurrence, il faut obtenir une visibilité religieuse puis une reconnaissance par le bureau des cultes ou à propos des libéralités fiscales par l'administration fiscale, par le conseil d'Etat, et par la Caisse de cotisations sociales des membres du clergé.
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- Enfin, si la controverse sur les groupes religieux minoritaires en France est un élément intéressant à analyser, il faut relativiser son importance : la France compte plus de 3 millions de chômeurs et des milliers de sans-abris. Parmi eux, combien sont angoissés et ne perçoivent même plus l'avenir ? La France est confrontée à la révolte dans les banlieues, à la toxicomanie, à des perspectives économiques sombres. Les français découvrent chaque semaine depuis plusieurs années de nouveaux scandales politico-financiers qui frappent les partis les plus agressifs dans la lutte anti-secte. Elle a été confrontée aux attentats d'intégristes musulmans. N'est-ce-pas plus important ? A ce titre la proposition de loi (n°414, du Sénat datée du 10 juin 1996) visant à assimiler les groupes religieux à des groupes de combats ou à des milices privées en amendant la loi de 1936 pour les dissoudre est intéressante. Cette loi s'applique en général aux milices d'extrême droite et aux groupuscules d'extrême gauche.

Certes, des membres de l'ordre du temple solaire ont été assassinés sur le sol français mais environ 10000 français meurent chaque année à la suite d'un accident de la route. Des dizaines de milliers d'autres en restent infimes. Dans ce cas, on cherche à améliorer le code de la route, les routes et la sécurité des automobiles. Des accidents d'aviation endeuillent notre pays chaque année. On cherche à améliorer la sécurité des avions et des aéroports.

Certes, il y a eu la maladie de l'enfant non-vacciné de la communauté Horus. Mais en dehors de cette affaire de non-vaccination sur laquelle la justice enquête, pourquoi incendier leurs biens et égorger leur bétail ?
D'autre part, sait-on que chaque année, la gendarmerie et la police découvrent plus de 3000 enfants maltraités par des parents qui n'appartiennent pas des sectes ? Dans ce cas, on tente de renforcer le dispositif de protection de l'enfance. On n'assimile pas l'ensemble des parents à des bourreaux.

A côté de cela, la risque religieux est faible. Pourtant certains demandent que l'on interdise les groupes religieux minoritaires et oublient de demander l'interdiction de l'automobile ou de l'avion.

Régis DERICQUEBOURG





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